Partir de zéro en France, c’est le pari réussi de Ferhat Bentayeb ! Cet Algérien a débarqué en France en 2019, sans aucune notion de français.
Cinq ans plus tard, il a appris la langue de Molière, s’est trouvé un emploi dans son domaine de prédilection, et est en passe de décrocher un CDI dans une pâtisserie renommée d’Oyonnax, dans l’Ain, en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Apprendre le français, un premier combat pour le pâtissier algérien
Aujourd’hui âgé de 44 ans, Ferhat Bentayeb a débarqué en France en 2019, sans parler un mot de français, rapporte le journal français Le Progrès.
Dans la commune d’Arbent, il décroche un premier contrat d’insertion avec l’association Groupe Solid’Aire, puis, très vite, il se tourne vers l’Institut de formation et promotion des adultes pour apprendre le français.
Marié depuis 2020 à une Oyonnaxienne d’origine algérienne avec qui il aura 3 enfants, Ferhat Bentayeb va suivre des cours de français langue étrangère (FLE) pendant plusieurs mois avec l’IFPA, en lien avec France Travail.
Il s’agit de cours de langue destinés aux non-francophones dans le but de faciliter leur intégration et leur permettre de trouver un emploi.
C’est ainsi que Ferhat va apprendre le français et maîtriser une langue qui lui était alors totalement étrangère.
Déterminé, il gagne sa place en pâtisserie
En février et mars 2024, l’Algérien pâtissier de formation décroche deux stages dans la prestigieuse pâtisserie Maréchal d’Oyonnax, une institution dans cette ville.
Pour son premier entretien avec les propriétaires de la pâtisserie, Laura Jeantet et Romain Vadin, le quadragénaire est accompagné de son formateur à l’IFPA, Patrick Bleuzet.
« Il avait peur de ne pas y arriver, de ne pas avoir le niveau de travailler chez nous », se rappelle Romain Vadin, patron de la pâtisserie.
Depuis, Ferhat a fini par être embauché en CDD (Contrat à durée déterminée). Il s’est rapidement intégré au sein de l’équipe, composée de 5 ouvriers et 4 apprentis bien plus jeunes que lui.
« C’est le papy du laboratoire ! Il y a un écart de génération entre lui et les apprentis âgés de 15 ou 16 ans », plaisante Vadin, soulignant qu’ « il s’est bien intégré avec tout le monde. Au niveau du français, il parlait très bien, juste après ses cours ».
Un employé modèle
Le pâtissier algérien se révèle également bon travailleur, engagé et motivé durant ses heures de travail, de 6 à 13 heures. « Toujours de bonne humeur », il n’hésite pas à participer à toutes les tâches.
Son patron témoigne : « Ménage, rangement des livraisons, des congélateurs, pesées, préparation du matériel, des pâtes, pétrissage des brioches, les tâches de Ferhat sont variées ».
Ainsi, le pâtissier peut aussi bien « s’occuper du pétrin » que de « réapprovisionner les stocks » ou « confectionner des fonds de tarte ».
« Il réalise des préparations salées, sucrées, biscuits, mousses, macarons, tout type de pâtisserie », indique le propriétaire de la maison Maréchal.
« Si l’activité continue à se maintenir », poursuit-il, il n’exclut pas de proposer à Ferhat un CDI (contrat à durée indéterminée) en mai prochain. Ce qui confirmera l’intégration 100 % réussie du pâtissier algérien dans le milieu professionnel.
De son côté, Ferhat se dit prêt à poursuivre l’expérience encore quelques années avant un éventuel retour en Algérie, « pour ouvrir une pâtisserie », espère-t-il, près de 30 ans après avoir fait ses débuts dans la pâtisserie en Algérie.
Des débuts dans « la pâtisserie traditionnelle algérienne »
Longtemps avant de rejoindre la France, le jeune Ferhat Bentayeb a commencé à travailler à l’âge de 16 ans. Ses débuts dans la spécialité se font dans la pâtisserie de son oncle, dans sa ville d’origine, Barika, commune de la wilaya de Batna.
S’il s’essaie à des métiers temporaires comme tenancier d’une épicerie et chauffeur de camion, l’apprenti pâtissier retournera vers sa première profession.
Outre l’établissement de son oncle, il passera par une autre pâtisserie, où il continuera à parfaire sa formation spontanée. Lui qui a « toujours aimé manger des gâteaux » confie : « Je me suis formé sur le tas, dans la pâtisserie traditionnelle algérienne ».
Une pâtisserie traditionnelle où les apprentis maîtrisent rapidement des spécialités phares telles que le makrout, la baklawa ou encore la zlabia, confiserie incontournable durant le Ramadan.
Aujourd’hui, Ferhat officie dans une pâtisserie française, et en dépit du décalage d’époques et de la différence entre les spécialités algériennes et françaises, il s’adapte remarquablement bien, ce que souligne son patron :
« Les pratiques sont totalement différentes entre l’Algérie et la France. Là-bas, les pâtissiers ont à disposition des casseroles, des culs-de-poule et leurs bras. Ici, on a des machines qui facilitent certaines tâches répétitives, régulières […] Après, il faut toujours avoir le tour de main, les bons gestes, et Ferhat en avait certains dès le début ».
Avec une détermination sans faille et sa passion pour la pâtisserie, Ferhat Bentayeb a réussi à s’offrir un nouveau départ.